
Une belle coupe colorée du Trias à Cote dure
Depuis la page précédente évoquant le Carbonifère et le charbon, il s'est passé beaucoup de temps, une période
entière, le Permien,
45 millions d'années (de -295 à -250 Ma), nous l'évoquons à propos de la
discordance des Chusins. Durant cette période : de la tectonique
(l'accident médian poursuit son activité pendant une bonne partie), sédimentation (dépôts des produits du démantèlement
de la montagne hercynienne) et forte érosion (de tous ces sédiments et d'une partie du carbonifère).
Le Primaire s'achève par la plus grande extinction que la Terre a connu et par le rassemblement des continents (la Pangée).
On se retrouve donc, au début du Secondaire (-250 millions d'années) avec un continent unique, aucune montagne, pas de relief,
une suite de sols plats ou de petites collines, on parle de pénéplaine anté-triasique. La végétation doit être limitée car
régulièrement détruite. Quant à la faune, il va falloir du temps pour que les survivants de la crise réinvestissent le territoire et
se diversifient, le règne des Dinosaures va se préparer.
C'est une des périodes les plus chaudes de l'histoire de la Terre. Pas de glace aux pôles, il y fait chaud même en hiver. A l'intérieur
de ce grand continent, le climat est très chaud et sec.
De -250 à -240 millions d'années, autrefois nommé par un terme allemand "Bunstsandstein" qui signifie grès bigarrés.
Nous ne sommes pas concernés par ces formations car chez nous rien n'est changé par rapport à la fin du Primaire, la mer
triasique qui entraîne des dépôts importants plus au nord comme par exemple en Alsace n'est pas encore arrivée. Nous
sommes toujours en régime continental.
De -240 à -230 millions d'années, autrefois nommé "Muschelkalk" qui signifie calcaire coquillier.
La mer n'arrive dans notre région que vers la fin de cette période.
De -230 à -203 millions d'années, autrefois nommé "Keuper" qui signifie argiles bariolées.
La mer est peu profonde, nous avons un paysage de marais, de lagunes, de gigantesques marais salants où se déposent des marnes,
des dépôts salins, des dolomies.
Dans la deuxième partie de cette période, notre continent unique qui du fait de sa surface a du mal à évacuer sa chaleur,
va commencer à se fissurer ce qui va provoquer du volcanisme, nous lui réservons la prochaine page.
Les roches du Trias sont dans certaines régions très épaisses, par exemple de l'ordre de 1 000 m en Alsace, 200 m de sel dans le Jura. Ici seulement une épaisseur de 50 à 100 m (hors spilite) et on ne retrouve pas toujoures la couche saline, probablement parce qu'elle a été laminée, dilacérée, du fait des chevauchements et des glissements alpins qui se sont produits sur cette couche la plus déformable.
Les conglomérats, grès qui sont des produits d'altération. C'est cette formation que l'on trouve à la discordance des Chuzins
La dolomite, minéral de formule CaMg(CO3)2, carbonate double de calcium et de magnésium.
Dans la roche, la dolomie, le pourcentage de dolomite est rarement de 100 %, on va des calcaires dolomitiques (10 à 50 %)
aux dolomies (90 à 100 %).
Elle peut avoir plusieurs aspects, massive et grise, plus ou moins conglomératique, ou altérée avec une couleur
ocre qui lui vaut le nom de dolomie capucin par analogie avec la robe de bure des moines, dans ce cas elle se distingue
bien dans la nature.

Affleurement de dolomie "capucin"

conglomérat dolomitique

Dolomie grise avec de nombreux cristaux cubiques de pyrite (Cote dure)
Appelées ainsi à cause de leur structure très fine, elles sont composées d'un mélange de quartz en grande proportion,
de dolomie et de calcite dans une plus faible proportion et d'oxyde de fer et de minéraux argileux en assez faible
quantité. Le terme "argilite", pas très adapté, est dû plus à la granulométrie fine qu'à la composition.
La couleur dépend uniquement d'un phénomène d'oxydo-réduction du fer. Les argilites sont vertes lorsqu'elles sont en
milieu réducteur, c'est-à-dire dans la nappe phréatique et rouges en milieu oxydant, c'est-à-dire au-dessus de
la nappe phréatique.

Argilites verte et rouge (Vet)

Argilite entre deux coulées de spilite au col d'Hurtières

Argilite (Vet)
Minéral de formule CaSO4,2H2O c'est un sulfate de calcium hydraté. Matière première
pour le plâtre obtenu en chauffant le gypse de 100 à 200 °C pour le déshydrater, en utilisation on le réhydrate
et on le retransforme en gypse.
Une variété donne de l'albâtre, gypse très finement cristallisé, blanc et translucide, on l'utilise en sculpture,
se travaille facilement et a l'aspect du marbre.
Le gypse se raye à l'ongle ce qui permet de le différencier de la calcite.
On signale peu d'anciennes carrières de gypse près de la Mure :
- L. Caillet signale des carrières de gypse en dessous de Cognet. Etonnant, pour lui "des vapeurs d'acide sulfurique
ont transformé les calcaires en gypse" formule chimique à l'appui !
- La carrière de plâtre rouge de Valbonnais
- Le journal des mines signale les plâtrières de Valjouffrey et de Villard d'Entraigues.
- On peut voir un petit affleurement à Côte dure sur le chemin qui monte au Pérollier.
Par contre dans la région Vizille-Champ sur Drac, il y a eu plusieurs carrières très productives.
Le journal des mines de 1832 cite "les plâtrières
de champs, de Saint Sauveur, de Notre-dame de Mésage,
de Saint Firmin, la plaine des Matons de Cornage".
Certains niveaux ont donné de l'albâtre.

Gypse affleurant à Côte dure

Sculpture en albâtre au-dessus de la porte de la chapelle du cimetière de Vizille.

Journal des mines, vol. 42, 1812
Pascal Jeanburquin, 1986 :
Le mot corgnieule regroupe des variétés de brèches dolomitiques à ciment calcaire communes dans le Trias alpin.
Ce terme s'applique à de nombreuses variétés lithologiques dont les principales caractéristiques sont :
- un aspect brèchique (pas toujours évident)
- des éléments tout d'abord dolomitiques mais aussi d'autre nature
- une matrice à tendance calcaire
- une couleur gris-beige à jaune-ocre
- une porosité superficielle plus ou moins grossière qui s'exprime par un aspect caverneux, vacuolaire plus ou moins prononcé
- une appartenance quasi unique aux étages du Trias (en général évaporitique) avec néanmoins des exceptions
Depuis la situation n'est pas beaucoup plus claire, Serge Fudral écrit :
En fait, les cargneules = roches "à part", assez énigmatiques pour les géologues.
Est-ce un résidu ? ou bien est-ce une roche composée ?
Le caractère particulier des cargneules, c'est qu'elles résultent vraisemblablement de la combinaison de plusieurs évènements : de la fracturation de dolomies, de leur bréchification, de dissolutions différentielles, du développement de cavités, de recristallisations de carbonate de calcium... Le tout s'effectue vraisemblablement sous des pressions faibles et des températures basses (inférieures à 50 °C pour les dissolutions). Et dont l'âge reste difficile à préciser (de tertiaire à très récent, plio-quaternaire).
Il faut donc préciser ce nom générique et ajouter un adjectif ou des explications :
- les brèches peuvent être monogéniques et ne comporter que des éléments de dolomies, elles sont
plus ou moins vacuolaires et/ou cloisonnées
- elles peuvent être polygéniques et montrer des éléments très divers (dolomie, argilite,
spilite, roche du voisinage)
- nous ne faisons que mentionner les pseudo-cargneules (monolithe de Sardières) dont nous n'avons
pas d'exemple local.
Localement, les roches du Trias sont très présentes sans être de grande épaisseur. Les cargneules nous donnent de belles formations : la Pierre percée, curiosité du plateau, très facilement accessible (cargneule monogénique) et d'autres qui sont plus difficiles à approcher, plus surprenantes et plus authentiques (cargneule polygénique), nous présentons l'arche du Vet au-dessus d'Entraigues et les formations du vallon de la Muzelle dont deux belles arches.

La cargneule monogénique gris clair de la Pierre percée, vacuolaire et peu cloisonnée.

Cargneule polygénique (dolomie beige, argilite rouge, spilite ou cristallin) dans une matrice fine argilo-calcaire (Vet)

Cargneule monogénique très cloisonnée, Briançonnais.